Le PDG d’Anthropic propose de redistribuer les bénéfices de l’IA face à une éventuelle réduction intrinsèque des emplois

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Anthropic - daily_creativity/Shutterstock.com

Le directeur Dario Amodei, à la tête d’Anthropic, a précisé qu’il n’entendait pas être un “prophète de l’apocalypse” lorsqu’il discutait de l’avenir de l’intelligence artificielle sur le marché du travail. Il a toutefois lancé un avertissement important : la possible perte massive d’emplois n’est peut-être pas simplement un effet temporaire du progrès technologique, mais plutôt un aspect fondamental du fonctionnement de l’IA.

Dans un essai récemment publié consacré aux politiques publiques, Amodei détaille la « possibilité considérable » que, même avec des initiatives visant à atténuer ses effets, l’intelligence artificielle entraîne une « perte d’emplois significative et permanente ». Il a en outre souligné qu’un tel scénario « pourrait être une caractéristique inhérente de la technologie et de sa capacité à reproduire largement la cognition humaine ».

Cette vision du PDG d’Anthropic repositionne l’un des débats les plus délicats de l’écosystème de l’intelligence artificielle. Si les systèmes d’IA sont développés pour prendre en charge un nombre croissant de fonctions cognitives humaines, la suppression d’emplois ne serait pas seulement un détour temporaire ou le résultat de décisions d’entreprise douteuses, comme le préconisent souvent d’autres leaders de l’industrie. Amodei émet l’hypothèse que cette perturbation est en réalité une conséquence structurelle et inévitable des progrès et du succès de l’IA, non pas un problème à « résoudre » mais une réalité à gérer.

En termes plus directs, le phénomène représenterait une caractéristique intrinsèque du système, et non un défaut à corriger.

L’exécutif avait déjà évoqué cette préoccupation précédemment, en mettant en garde contre la possibilité qu’AI puisse supprimer la moitié des postes vacants de débutants sur une période de cinq ans et augmenter le taux de chômage entre 10 et 20 %. A cette occasion, il a appelé les entreprises et les législateurs à ne pas « adoucir » les risques. Contrairement à ses déclarations précédentes, le nouvel essai n’est pas consacré à des prédictions spécifiques sur l’avenir du travail, mais plutôt à détailler les mesures que les gouvernements pourraient adopter en cas de remplacement permanent des emplois.

La proposition centrale présentée par Amodei s’articule sur deux fronts complémentaires : réduire les impacts négatifs et promouvoir la répartition équitable des bénéfices générés.

Amodei a appelé à la mise en œuvre d’un système amélioré de « mesure et de suivi » des effets de l’IA sur le secteur de l’emploi, qui comprendrait l’élargissement des statistiques officielles du gouvernement. En outre, le PDG d’Anthropic a exprimé son soutien aux « incitations favorables à l’emploi », telles que l’assurance chômage pour les professionnels qui acceptent des postes moins bien rémunérés en raison de la technologie, des incitations fiscales pour garantir la rétention des talents, des subventions pour le développement de la main-d’œuvre et la création d’une structure plus efficace pour l’offre d’emploi.

Si l’intelligence artificielle réduit réellement définitivement le besoin de main-d’œuvre humaine, Amodei suggère que les administrations publiques pourraient avoir besoin d’interventions plus robustes. Il a cité “un soutien au revenu à long terme”, illustré par le revenu de base universel, qui pourrait être financé par des impôts sur les entreprises du secteur ou par une augmentation des impôts sur les plus-values. Les comptes de capital universels ont également été cités comme une autre modalité de partage de la richesse générée par la technologie.

La publication de l’essai d’Amodei intervient à un moment où la rhétorique change dans le secteur. Certains des dirigeants les plus influents de l’intelligence artificielle, comme Amodei lui-même et Sam Altman, PDG d’OpenAI, ont plus récemment mis en avant les progrès en matière de productivité et les nouvelles opportunités économiques, contrairement aux avertissements précédents concernant les pertes d’emplois.

Un récent rapport de Business Insider a souligné que les dirigeants du secteur technologique, qui mettaient auparavant l’accent sur les aspects perturbateurs de l’IA, orientent désormais leurs discours vers la manière dont la main-d’œuvre et la société peuvent récolter les fruits des progrès technologiques. Ce changement intervient dans un contexte de préparation aux très attendues introductions en bourse (IPO).

La note politique la plus récente d’Amodei précise qu’Anthropic cherche à aider ses entreprises clientes à identifier de nouvelles sources de revenus et à « optimiser leur main-d’œuvre actuelle », plutôt que de se concentrer uniquement sur la maîtrise des coûts. Cependant, il a souligné que, si le potentiel de l’IA est aussi grand qu’il le défend, la société doit être dotée d’une planification pour les travailleurs qui, peut-être, ne bénéficieront pas automatiquement de ces avancées.

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