Au moins 166 personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre à travers la France ce samedi (17) lors d’une journée de mobilisation nationale contre l’inflation, la hausse des prix des carburants et la dégradation des services publics. Les policiers et les gendarmes ont fait usage de gaz lacrymogènes ainsi que de canons à eau pour disperser des groupes de protestataires à Paris et dans plusieurs grandes agglomérations du pays.
Le ministère de l’Intérieur a dénombré, dès la mi-journée en heure locale, 140 actions de protestation hors de l’agglomération parisienne rassemblant 32 800 manifestants en province, tandis que le bilan global consolidé des participants et des blessés en fin de journée sur l’ensemble du territoire n’avait pas encore été communiqué par les autorités. Ces cortèges ont réuni des lycéens, des membres des Gilets jaunes — mouvement né en France dont les participants portent des chasubles fluorescentes de sécurité routière — et des centrales syndicales telles que la Confédération générale du travail (CGT), l’un des principaux syndicats français de salariés. Les manifestants exigent une revalorisation des salaires et des retraites, le blocage des prix ainsi que des investissements dans les établissements scolaires publics.
Sur la place de la République, dans le centre de Paris, des individus encagoulés et vêtus de noir ont tiré des mortiers d’artifice et lancé divers projectiles en direction des compagnies républicaines de sécurité. Le cabinet du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a fait état de tentatives de pillage, d’incendies de mobilier urbain et d’attaques visant des bâtiments publics, des policiers et des journalistes à Paris, Marseille, Rennes, Toulouse et Angers. Dans la capitale française, où la préfecture de police a effectué 589 contrôles préventifs et procédé à une centaine d’arrestations en matinée, des projectiles ont brisé les vitres des rédactions des chaînes CNews et Europe 1, entraînant 21 interpellations devant les locaux de ce groupe audiovisuel.
Présente dans le cortège parisien, Lola, une manifestante âgée de 19 ans, a dénoncé la réponse sécuritaire face aux revendications économiques et scolaires. « Nous nous battons parce que le coût de la vie est très dur, parce que le prix du carburant est trop élevé, parce que des lycéens sont violemment attaqués et blessés dans tout le pays simplement pour avoir tenté de manifester et de demander davantage d’enseignants ainsi que des conditions d’apprentissage dignes », a-t-elle déclaré.
Périmètre interdit autour des Champs-Élysées et assaut contre l’hôtel de ville de Marseille
Afin d’encadrer les défilés dans la capitale, la préfecture de police a mis en place un dispositif de filtrage dans le centre de Paris qui a exclu l’avenue des Champs-Élysées et l’Arc de Triomphe des deux itinéraires autorisés. Les déplacements des résidents parisiens et des visiteurs ont également été restreints par la fermeture de plusieurs stations du réseau de métro.
Continuez la lecture: Rockstar Games confie au duo français Justice la bande originale de GTA 6
Dans le sud du pays, à Marseille, plusieurs dizaines de personnes masquées ont utilisé des barrières métalliques de sécurité comme bélier pour enfoncer la double porte en bois et envahir le hall de l’hôtel de ville, situé sur le quai du Vieux-Port. Les intrus ont scandé « Nous prenons la Bastille », renversé au sol un buste de Marianne, tagué un symbole anarchiste sur un mur et incendié des bennes à ordures dans les rues adjacentes avant d’être repoussés par la police, tandis que des commerces et un poste de police municipale sur la Canebière subissaient des dégradations. À la suite de cette intrusion dans la mairie, le maire de Marseille, Benoît Payan, s’est entretenu avec le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avec le ministre Laurent Nuñez ainsi qu’avec la présidence de la République, obtenant l’envoi immédiat de renforts policiers dans la cité phocéenne.
L’exécutif français a imputé ces violences urbaines à des groupuscules d’ultragauche et a accusé le parti La France insoumise d’avoir encouragé les émeutes, une accusation rejetée par la formation politique. Selon les chiffres communiqués par le Premier ministre Sébastien Lecornu, plus de 900 policiers et gendarmes ont été blessés depuis le début de ce cycle de contestation sociale. Parallèlement, l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN), l’organisme chargé du contrôle interne des forces de sécurité, a ouvert au moins 24 enquêtes administratives et judiciaires pour des soupçons de violences policières, après que de précédents rassemblements ont fait des blessés parmi les manifestants, dont un adolescent qui a eu une main arrachée en ramassant une grenade de désencerclement.
En savoir plus: Paris Saint-Germain inflige un 3-0 historique à Manchester City en une mi-temps de Champions League
Chronologie des tensions sociales et coût de la dette publique avant 2027
La journée d’action du 17 octobre 2026 s’inscrit dans une séquence d’affrontements sociaux qui remonte au premier quinquennat du chef de l’État et s’accélère depuis la rentrée scolaire. Les étapes clés de cette crise marquent l’évolution du mouvement :
- 2018 : naissance du mouvement des Gilets jaunes à travers des blocages routiers en réaction à la hausse des taxes sur le gazole sous le précédent mandat du président de la République, Emmanuel Macron.
- Septembre 2026 : début des blocus de lycées dans les banlieues du nord de Paris par des élèves protestant contre le manque de professeurs et la vétusté des locaux scolaires.
- 15 octobre 2026 : mise en garde du Premier ministre Sébastien Lecornu concernant les risques de troubles à l’ordre public lors des rassemblements appelés pour la fin de semaine.
- 16 octobre 2026 : appel au calme et au respect des biens lancé par le président Emmanuel Macron, pendant que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez autorise de nouveau l’utilisation des grenades de désencerclement en cas d’émeutes.
- 17 octobre 2026 : tenue de 140 actions en province avec 32 800 participants recensés à midi, intrusion dans la mairie de Marseille et au moins 166 interpellations sur le territoire français.
Ces mobilisations sociales surviennent dans les derniers mois du mandat d’Emmanuel Macron, en amont de l’élection présidentielle programmée pour le printemps 2027. Sur le plan budgétaire et financier, la contestation éclate au moment où les coûts de financement de la dette publique de la France sur les marchés obligataires atteignent leurs niveaux les plus élevés depuis plus de vingt ans.
